Christina Chapallaz est conduite très tôt à chercher la réalité sous les apparences. Plus tard, son expérience des races, des cultures, et une approche des plus démunis, lui révèlent l’unicité fondamentale de l’humain. Cette évidence la libère de tous les liens religieux et nationalistes et l’oriente vers l’approfondissement de l’authentique. Une longue pratique du Kyudô de l’école Heki-Ryu Bishu Chikurin-ha lui permet de se dépouiller des émotions factices et de porter sur le monde un regard critique mais empreint de générosité. C’est donc très naturellement qu’elle crée sous l’égide d’Asuka – l’oiseau qui vole libre – un nouveau lieu de travail où, renonçant à tout esprit de compétition, et sans offrir de certitudes, elle espère partager son expérience et montrer le chemin de la simplicité et de l’ouverture à la Vie.

Le Vide    Laissons lui la parole :

   "Un malentendu persistant m’incite à préciser, avant toute chose et avec la dernière énergie, que je n’appartiens ni de près ni de loin à une secte ou à une religion. J’ai appris la pratique du Kyudô suivant les techniques de l’école Heki-Ryu Bishu Chikurin-ha et cela n’a rien à voir avec un "engagement spirituel" qui, s’il veut être authentique et humain, ne peut se situer - à mon sens - qu’au-delà des croyances et de leurs rituels, des castes, des politiques et des discriminations, en bref de tout ce qui sépare. Cela étant éclairci, abordons le sujet qui nous intéresse.


    Réduire le Kyudô à un sport ou à un simple passe-temps, c'est perdre l'essentiel de sa signification et négliger une possibilité d'approcher différemment chaque instant du quotidien. Jadis utilisés dans des situations critiques où l'existence ne tenait qu'à un geste, les Arts Martiaux ont imposés à ceux qui les pratiquaient un dépassement des techniques et un approfondissement constant du sens de la vie et de la mort. Cependant, bien que leur usage à des fins brutales et définitives soit rare de nos jours, il est néanmoins possible de recréer, dans le dojô, les conditions qui permettent de comprendre la philosophie dont ils sont imprégnés. Leur pratique permet alors de développer la lucidité, la sérénité et l'énergie que réclame l'époque difficile que nous vivons.


   Le Kyudô tel que nous le pratiquons requiert constance et abnégation. L’intention du kyudoka n’est pas d’enrichir ou d’affirmer son ego mais d’en comprendre la nature et de le dépasser. L'école Heki ryu Bishu Chikurin-ha, la nôtre, n'utilise pas les "dan" comme points de références. Cette absence de repères, parfois décourageante, est voulue. Elle incite à la libération de l'esprit, aide à se déprendre des certitudes encombrantes et des images que nous créons de nous-mêmes. Elle pousse à rechercher l'harmonie et non l'exploit et permet de créer une ambiance de travail qui favorise le libre épanouissement. L'enseignant ne juge ni ne critique et, en principe, il parle peu. Il aide à dénouer les nœuds physiques et psychiques qui souvent empêchent d'atteindre l'équilibre intérieur. " L'Art est long et la vie brève " affirme le dicton. Cela est particulièrement vrai pour le Kyudô qu'il faut parfois pratiquer longtemps avant d'en éprouver les bienfaits. De plus, le matériel requis est onéreux. Mais un autre aspect de la situation doit aussi être pris en compte avant tout engagement. L'un des plus vieux livres de l'humanité, le Y-King, l'explique très bien :

   Quelle que soit la diversité que les dispositions et l'éducation font régner entre les hommes, la nature humaine dans son fond est la même chez tous. Et tout homme peut, au cours de sa formation, puiser à la fontaine intarissable de la nature divine qui est l'essence de l'homme. Mais là encore deux dangers menacent : le premier est que l'homme ne pénètre pas au cours de sa formation, jusqu'aux vraies racines de l'humanité, mais demeure pris dans les conventions - une formation pareille est aussi mauvaise que l'absence de formation  - le second, que l'on ne s'effondre brusquement en abandonnant la formation de son être.

   Il est donc important que le candidat, avant de s'engager, mesure avec justesse sa patience et sa ténacité."


   Le titre de cette page, « une technique de non-développement personnel », peut sembler étrange, inhabituel, voire prêter à sourire. Il est pourtant l’écho de ces quelques lignes extraites d’un rapport publié par l'UNESCO dans la revue Perspectives :

   « L’éducation ne doit pas avoir pour seul but d’acquérir un savoir livresque, mais de s’initier à la vie dans toute sa plénitude; elle doit donner aux élèves le bagage nécessaire pour évoluer dans un monde social complexe. Quant aux moyens d’y parvenir, les idées de Krishnamurti sur la question sont d’une simplicité tout à fait extraordinaire. Ainsi, à un élève qui lui demandait comment vivre heureux dans un monde compétitif, Krishnamurti fit cette réponse : « Vous ne pouvez vivre heureux dans ce monde compétitif que si vous-même vous n’êtes pas compétitif ». Une telle réponse peut prêter à controverse dans la mesure où elle propose une solution qui manque apparemment de réalisme: dans une société aussi complexe que la nôtre, ceux qui ne sont pas compétitifs pourront au mieux survivre, mais pas vraiment mener une existence digne de ce nom. Cependant, l’argument de Krishnamurti est le suivant : « La concurrence est le fondement même de la violence. Notre structure sociale tout entière est fondée sur la concurrence et nous l’acceptons comme inévitable ».
   À l’esprit de concurrence qui gangrène la vie quotidienne, Krishnamurti propose donc de substituer l’assurance — non pas celle qui procède de la confiance en soi, mais « une forme d’assurance radicalement différente, dans laquelle le sujet est débarrassé du sentiment de sa propre importance, une assurance qui n’a pas de rapport avec le soi
»


Christina Chapallaz





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